24 août 2014

Qu'as-tu fait de mon pays ?

Auteur : An Antane Kapesh
Titre : Qu'as-tu fait de mon pays ?
Traduction : Traductions montagnaises Sept-Îles
Éditeur : Éditions Impossibles
Parution : 1979
Format : 88 pages

Résumé :

An Antane Kapesh est née en 1926, près de Kuujjuaq, anciennement appelé Fort Chimo. Son père était chasseur de caribou. Jusqu'à l'âge de 27 ans, elle vécut de la chasse avec sa famille. En 1953, elle doit s'établir dans la réserve Maliotenam, sur la côte à proximité de Sept-Îles. Quelques années plus tard, elle commence à écrire. Son premier livre, intitulé Je suis une maudite sauvagesse, paraît en 1976 en versions innue et française. En 1979, elle publie son deuxième ouvrage, Qu'as-tu fait de mon pays ?, un récit dur sur la colonisation. Un texte choc !

Ce que j'ai aimé :

Il y a des livres qui ont la faculté de changer notre façon de voir les choses. C'est ce qui s'est passé pour moi avec cette lecture. Oui, ce récit est bouleversant, déchirant, mais il m'a ouvert les yeux. En très peu de pages, ce texte permet de rejoindre les émotions du lecteur, car tout se passe à travers le regard d'un enfant. L'auteure utilise des mots simples. Elle montre de manière claire et directe ce qui est arrivé lors de la colonisation et de la création des réserves. An Antane Kapesh énonce ces thèmes sans détour. Elle amène le lecteur à comprendre le point de vue amérindien, à le ressentir concrètement.

Au départ, l'enfant vit paisiblement avec son grand-père dans la forêt. Son aïeul lui enseigne comment pêcher, se soigner et ne dépendre que de soi-même. Après la mort de son ancêtre, l'enfant reçoit la visite de l'homme blanc, qu'il nomme « Polichinelle ». Celui-ci impose sa religion, sa langue, sa nourriture, ses médicaments. Puis, il commence à exploiter le territoire en construisant des mines et des chemins de fer. Pour avoir pleine liberté sur les chantiers, le Polichinelle envoie l'enfant à l'orphelinat, où sa santé se détériore. Lorsqu'il part du pensionnat, l'enfant se retourne vers les bois et ne reconnaît plus son chez-soi. Il a perdu ses repères, ses traditions, sa culture. Ce qui a débuté comme un conte traditionnel, dans un lieu idyllique, progresse peu à peu vers un plaidoyer où l'enfant exprime sa colère. Il prend ainsi la parole pour revendiquer son droit à l'égalité.

Bref, il s'agit d'un texte engagé et essentiel qui mériterait d'être réédité. Pour la franchise de son propos, je le recommande à tous ceux et celles qui voudraient mieux connaître la cause amérindienne.

An Antane Kapesh, en premier plan

Extrait favori :

« Pour quelque temps, vous allez le choyer pour qu'il nous aime et qu'il apprécie que vous le gardiez entre quatre murs et pour qu'il ne songe jamais à retourner là où il vivait. Au début seulement, vous lui donnerez tout gratuitement. Vous le nourrirez comme nous pour qu'il oublie sa propre nourriture. Vous l'habillerez comme nous pour lui faire oublier sa propre façon de s'habiller. Vous lui donnerez la même éducation que nous. Mais il vous faudra à tout prix veiller à ce qu'il ne réussisse pas trop bien dans ses études car nous ne connaissons pas cet enfant. [...] J'ai une dernière chose à vous dire : arrangez-vous pour que l'enfant dont vous avez la garde ne puisse jamais nous surpasser plus tard. C'est tout. Je vous souhaite bonne chance. »

Lu dans le cadre du Challenge Amérindiens


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